Portrait : Guillaume Allemand


Guillaume Allemand travaillant dans son atelier. Artiste sur une pièce. Os animal

Après avoir étudié la musique et la danse, Guillaume Allemand devient photographe, puis ornithologue. En 2002, il prend un nouveau tournant vers la création plastique. Ayant déjà réalisé des créations en os alors qu’il était plus jeune, il se remet à cette pratique en façonnant des bijoux et couteaux. Mais, très rapidement, ses bijoux, de plus en plus grands, deviennent des tableaux. Il quitte alors les marchés d’artisanat pour les salons d’art où il peut poursuivre sa quête artistique en réalisant des tableaux abstraits. A cette période, ses compositions sont faites d’os mais aussi de bois brûlé qu’il abandonne finalement au profit de monochromes blancs composés uniquement d’os : nous vous livrons le portrait d’un artiste en chair et… en os.

Entre musicalité et lumière


Ses œuvres sont non-figuratives et composées de tonalités de blanc, rythmées, dynamiques, parfois même presque cinétiques… bien qu’il s’agisse de monochromes.

Lorsqu’on le regarde travailler, on pourrait penser qu’il s’agit d’un travail aléatoire, mais il n’en est rien ! Même si Guillaume Allemand applique des règles de composition de manière innée et non théorique, il reste sous l’influence de la musique ainsi que de la photographie. On ressent l’impact de la musique dans ses œuvres rythmées et équilibrées comme le serait une partition, tandis que l’équilibre de l ‘ombre et de la lumière font écho à la photographie.

A la manière de Soulages, l’artiste travaille avant tout la lumière. Car ses œuvres en relief créent diverses ombres, pour faire apparaître le noir dans le blanc. C’est pourquoi ses tableaux ont besoin d’être bien éclairées pour révéler les subtilités de matières, de textures, d’ombres, de lumières. Au fil de la journée, selon l’angle et l’intensité de la lumière perçue, l’œuvre évoluera.


Guillaume Allemand œuvre. Os animal, monochrome blanc


Travail de l’os


Crâne avec dents de micromammifères art Guillaume Allemand Vanité
Vanité (dents de micromammifères)

Mais, comme beaucoup, vous vous demandez sûrement pourquoi utiliser de l’os ? Il se rapproche ici d’une démarche naturaliste, renvoyant cette fois à son passé d’ornithologue. En effet, bien que l’os soit le symbole de la mort pour beaucoup d’entre nous, Guillaume Allemand le perçoit au contraire comme un symbole de vie. L’os est alors le vestige de la vie, la dernière chose qu’il reste après son passage. Travailler l’os c’est magnifier la vie animale pour notre artiste. Selon lui, il existe un déséquilibre entre l’Homme et l’animal : l’homme exploite l’animal pour sa force ou bien pour le consommer mais ne lui rend rien en retour. Les tableaux de Guillaume Allemand permettent alors de rééquilibrer la balance, de rendre un ultime hommage aux animaux qui nous apportent tant. Sa démarche, contrairement à ce que pensent certains, n’est alors en rien morbide. Au contraire, c’est une célébration de la vie dont la mort fait partie intégrante.


Bien que portant une symbolique forte, Guillaume Allemand ne se revendique pas comme étant un artiste engagé. La personne derrière l’artiste l’est et ses œuvres portent, de par l’utilisation d’os animaux, un engagement. Son travail est avant tout un travail de fragmentation de la matière et de recomposition, à la manière d’un céramiste.

L’os revêt diverses contraintes : difficulté d’approvisionnement, coût élevé, traitement long, poids important… Ces contraintes ont façonné l’esthétique de l’artiste ainsi que sa démarche : la difficulté d’approvisionnement ainsi que le poids l’ont fait se tourner vers des formats plus petits ainsi que vers une méthode impliquant le moins de pertes possibles… La réalisation de ses tableaux, qui nécessite une longue préparation, consiste à découper les os en fragments, les cuire pour les dégraisser, les poncer, les polir avant de réaliser la composition de l’œuvre. La préparation et l’assemblage est un travail d’ascète nécessitant rigueur et patience que l’artiste considère comme un travail méditatif.


Influences


Bien que ne revendiquant aucune influence consciente de la part de certains artistes, et se définissant comme autodidacte, il avoue être devenu amateur de l’art des années 50-60 : le constructivisme, Vasarely, Malevitch. De plus, l’esthétique minimaliste l’attire particulièrement et semble l’avoir conduit vers la réalisation de monochromes. On peut également établir un parallèle entre ses œuvres et celles de Soulages : si Soulages revendiquait un « outre-noir », il serait alors tout à fait juste de parler d’un « outre-blanc » concernant les monochromes de Guillaume Allemand.



Conclusion


Pour conclure, il s’agit d’un artiste unique sur la scène artistique. Ses œuvres sont à la fois l’occasion de réfléchir à notre relation au monde animal ainsi qu’à notre propre mortalité, le tout de façon rythmée, équilibrée et dynamique. Un artiste à la frontière entre art et artisanat cherchant à créer des œuvres à la fois esthétiques et symboliques.

« La différence entre art et artisanat est difficile à établir… si elle existe. Je pense que c’est le message qui différencie les deux : une œuvre d’art doit porter un message en plus d’être belle. »

Pour voir plus d’œuvres de Guillaume Allemand, vous pouvez consulter sa page artiste.



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